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« L’alliance internationaliste est la réponse progressiste et révolutionnaire au virage à droite du gouvernement »

23/09/2016 – Le magazine Rote Fahne a parlé avec Gabi Gärtner au sujet de la construction et de l’objectif ainsi que du toile de fond de la nouvelle alliance des forces internationalistes, antifascistes, révolutionnaires et combatives de classe. L’interview sort le 30 septembre dans Rote Fahne. Aujourd’hui, nous publions la version mise au point linguistique pour le magazine.
« L’alliance internationaliste est la réponse progressiste et révolutionnaire au virage à droite du gouvernement »

Gabi Gärtner, mécanicienne-outilleuse de 38 ans, originaire de Solingen, est membre du secrétariat du Comité central du MLPD. C’est elle qui, en commun avec l’avocat Peter Weispfennig (48) – également membre du CC – mène les négociations pour le MLPD dans les réunions de l’alliance.

Rote Fahne: Depuis quelques mois, le MLPD collabore dans une nouvelle alliance. De quoi s'agit-il ?

Gabi Gärtner : L'alliance est la réponse progressiste, démocratique et révolutionnaire au virage à droite prononcé du gouvernement de Merkel et à une fascisation de l'appareil d’État.

Dans cette situation notre attention centrale exige que le potentiel révolutionnaire, antifasciste, internationaliste, combatif de classe du mouvement des femmes, écologique et de la jeunesse rebelle se regroupe sous la direction de la classe ouvrière contre cette tendance. La polarisation sociétale n'a pas seulement attisé une ambiance de droite, mais aussi promu un revirement d'opinion progressif durable parmi les masses. Ce revirement s’est manifesté de nouveau clairement dans les grèves de 9 000 sidérurgistes, plus de 300 000 participants aux manifestations contre CETA et TTIP et des protestations de masse des réfugiés qui déferlent par exemple contre l'obligation de résidence pendant les semaines passées.

Cependant le pôle de gauche et révolutionnaire en Allemagne est encore trop désuni. Nous supposons qu'à présent au moins 100 000 personnes font partie du potentiel révolutionnaire en Allemagne. Des millions de personnes cherchent des alternatives sociétales. Toutefois, beaucoup de personnes n'ont jamais encore entendu parler du MLPD en raison de la politique anticommuniste de l'isolement sociétale pratiquée systématiquement par les médias et l'appareil d'État. Il s'agit donc de collaborer étroitement dans l'esprit de l'internationalisme prolétarien contre le virage à droite du gouvernement.

Comment cette alliance a-t-elle progressé jusqu'à maintenant ?

Sur la base d'une collaboration en partie depuis des années, il y a eu trois rencontres jusqu'à présent dans lesquelles le noyau de l'alliance s’est formé. Ce sont avant tout : AGIF, Almanya Göçmen, Içiler Federasyonu – Fédération des migrant(e)s en Allemagne ; ATIF, Almanya Türkiyeli Işçiler Federasyonu – Fédération des ouvriers et ouvrières de la Turquie en Allemagne ; ADHR, Almanya Demokratik Haklar Federasyonu – Fédération pour des droits démocratiques en Allemagne, PFLP ; Popular Front for the Liberation of Palestine – Front populaire pour la libération de la Palestine ; Komala/CP Iran – Komala/Parti communiste d'Iran, PYD Rojava, Partiya Yekitîya Demokrat – Parti de l'union démocratique du Rojava ; MLPD, Rebell, forum de gauche de Radevormwald et beaucoup d’individus du mouvement ouvrier et syndical, du mouvement combatif des femmes, écologique, de la jeunesse rebelle. Aussi des représentants du travail antifasciste et internationaliste et des travailleurs culturels. En partie aussi des membres d'autres partis. Cela est un début intensif et prometteur qu’il faut continuer à consolider. Jusqu’à présent, l'alliance est tombée d'accord sur les éléments constitutifs de la collaboration, les principes et la candidature commune aux élections au Bundestag 2017. En outre nous avons publié les premiers tracts combatifs communs. Dans le débat polarisé peu après l'instauration de la dictature fasciste en Turquie nous avons fait nos preuves avec une manifestation combative commune à Cologne.

Dans beaucoup de pays comme en Turquie, Espagne et Grèce de telles alliances ont vu le jour pendant ces dernières années. Les élections au Bundestag ne sont pas le but mais une bonne occasion pour construire cette alliance qui n’a pas du tout seulement une importance de politique quotidienne. À l’occasion d’élections les hommes sont particulièrement politisés et les possibilités des relations publiques sont élargies. Dans ce contexte, nous suivons aussi Lénine qui a qualifié comme « enfantillage » de refuser la participation aux élections tant que « le parlementarisme n’aura pas encore fait son temps politiquement en Allemagne ». En même temps il a souligné qu'il faut comprendre « produire un autre parlementarisme, qui n'a rien à voir avec de l’opportunisme et du carriérisme ».

Comme des listes d’alliance électorales ne sont pas prévues par la législation électorale allemande, l'alliance a décidé de poser sa candidature sur la liste ouverte du MLPD. Contrairement aux élections antérieures où nous avions pu compter sur la solidarité et le soutien de diverses organisations et personnes progressistes, nous visons cette fois-ci à une collaboration à pied d'égalité. Nous voulons avant tout que se trouve sur les listes une composition représentative de la solidarité internationale, de la politique progressiste envers les réfugiés, de la lutte antifasciste et antiraciste, de la lutte pour la paix, la liberté et le socialisme, de la tendance combative de classe du mouvement ouvrier, de la lutte pour la libération des femmes et du mouvement combatif de la jeunesse. Qui vote pour la liste de l'alliance ne vote donc pas uniquement pour le MLPD, mais pour toute une tendance. Elle se considère comme une alternative sociétale réellement de gauche dans les divers domaines. Il s'agit de construire le fondement d’une future politique de front uni.

Début août le MLPD a déjà annoncé la candidature au nom de l'alliance électorale au directeur des élections au Bundestag. Maintenant il importe de mobiliser largement les personnes à la base et de gagner pour l’alliance beaucoup de camarades de combat. C’est le congrès électoral du 2 octobre à Berlin qui le représente et où l’on attend plusieurs centaines de délégués.



Tu as dit que l'alliance serait une réponse au virement à droite du gouvernement et à la polarisation sociétale croissante. Comment cette situation s'est-elle développée ces derniers temps, et à quoi faut-il s'attendre ?

La propension du système impérialiste mondial à produire des crises a continué à augmenter. Un contexte matériel en est une situation extrêmement instable de l'économie mondiale. Nous faisons face à une stagnation fluctuante au plan mondial dans l'économie mondiale impérialiste où se multiplient en même temps les signes annonciateurs d'une nouvelle crise économique et financière. La crise écologique s'aggrave de façon effrénée. Des guerres et des crises politiques déstabilisent en outre la société bourgeoise. Entre-temps, la crise de la politique bourgeoise à l'égard des réfugiés perturbe le paysage politique entier. L'UE se trouve dans une crise profonde, et l'OTAN est totalement en désaccord au sujet des guerres en Ukraine et en Syrie.

Tout cela a produit une désorientation politique et sociale profonde parmi les masses – un phénomène international.

Bien que l'Allemagne fût parmi ceux qui avaient pu compensé encore le mieux les impacts de la crise économique et financière mondiale de 2008 jusqu'à 2014, le mécontentement face au gouvernement y est très grand. La grande coalition d'Angela Merkel et Sigmar Gabriel plonge de plus en plus dans une crise politique latente qui met la possibilité d'une dissolution de la grande coalition réellement sur l'ordre du jour. Cela s’est montré clairement en particulier lors des dernières élections au Landtag. Après Saxe-Anhalt et Mecklembourg-Poméranie occidentale, c’est pour la troisième fois qu’une situation s’est produite, cette fois-ci à Berlin, où même une grande coalition n'est plus possible. Depuis des années, les grandes coalitions constituaient le moyen de dernier recours à utiliser dans le système parlementaire en Allemagne pour, en tout cas, mettre sur pied un gouvernement. Elle constitue la gestion de crise parlementaire. Mais si même ce recours devient de moins en moins possible vu que les grands partis dits populaires perdent de plus en plus en soutien parmi leurs électeurs, cela aboutit à une déstabilisation générale de la société. La coalition du gouvernement fédéral des CDU/CSU et SPD est totalement ébranlée. Le CDU ainsi que le SPD ont obtenu des résultats électoraux historiquement mauvais. En même temps, l’AfD réactionnaire, raciste et fascisant a réussi à mobiliser pour les élections une partie des abstentionnistes qui, ces dernières années, ne voyaient plus d'intérêt à voter. Cependant, le potentiel parmi les abstentionnistes ne consiste pas seulement en électeurs de droite mais aussi de gauche. C'est notre tâche de mobiliser ce potentiel progressif d'électeurs et de les activer politiquement. Toute personne qui cherche une alternative sociétale à gauche des partis parlementaires au Bundestag doit aussi pouvoir la trouver. Nous assumons un rôle significatif et répondons à cette polarisation dans la société. Nous en profitons pour une attaque politique contre les supermonopoles internationaux dominant sans partage et contre le virement à droite du gouvernement.

Nous attaquons la politique réactionnaire du capital financier international dominant sans partage et de ses représentants en Allemagne dans toute sa diversité : l'exploitation exacerbée et la répercussion des fardeaux de la crise sur la classe ouvrière, la fascisation de l'appareil d'État, le promotion de forces ultra-réactionnaires et fascistes, la politique environnementale destructive, la politique réactionnaire familiale et de la femme, l'écrasement des petits et moyens paysans par les monopoles agroalimentaires et la politique répressive à l'égard des réfugiés.

Cependant, l'alliance ne représente pas seulement un pôle opposé à cela. Elle est le garant des acquis de la lutte pour une nouvelle qualité de l'internationalisme prolétarien (comme éprouvé dans le pacte de solidarité avec la lutte de libération kurde), de la lutte offensive de la classe ouvrière, de la lutte rebelle pour l'avenir de la jeunesse etc.

 

Quelle est l'importance du congrès électoral le 2 octobre?

Lors de la rencontre de l'alliance, le 23 juillet 2016, on a décidé à l'unanimité d'organiser un congrès électoral le 2 octobre 2016. Il doit marquer l’amorce à partir duquel l'alliance prendra forme à la base. Aux réunions précédentes ayant participé plutôt des délégations ou représentants des organisations participantes, le congrès électoral constituera la première grande rencontre de masse publique. Seulement quand l'alliance saisit les masses, elle deviendra une véritable alternative.

C’est là que nous adopterons aussi les principes de l'alliance et le manifeste électoral.

En plus, le congrès discutera des premières lignes fondamentales concernant les candidats communs. Le groupe de coordination a proposé en outre d'établir un « conseil d'alliance ». Il doit se composer d'organisations responsables et de particuliers et prendre des décisions de mise en œuvre entre les rencontres de l'alliance et les congrès.

Le congrès électoral a une grande importance pour homogénéiser les tâches ultérieures, afin de faire valoir un droit social correspondant. Celui qui nous cherche doit nous trouver comme alternative sociétale ! Lors des manifestations contre TTIP et CETA le 17 septembre, des centaines de personnes se sont intéressées à cette alliance. Il y a un potentiel croissant : La gauche parlementaire à Berlin n'est guère en mesure, jusqu'à présent, de s'affirmer dans cette polarisation sociétale et de représenter une véritable alternative sociale.

Dans les semaines à venir, ceux qui appartiennent à l'alliance présenteront les candidates et candidats des 16 listes de Land et un maximum de candidats directs. Ensuite la lutte pour des dizaines de milliers de signataires commencera. Dans son essence, celle-ci doit aboutir à la construction d'une large alliance parmi les masses. Cela nécessite des formes d'organisation locales et régionales pour lesquelles nos initiatives électorales du passé constituent une bonne expérience.



On entend constamment le désir d'un « regroupement de toutes les personnes de gauche » - qu'est-ce que tu penses de ce concept ?

Certainement la gauche petite-bourgeoise, parmi elle le Linkspartei [Parti de gauche], n'est pas l'adversaire principal de notre offensive tactique. Nous sommes ouverts à tous les membres du Parti de gauche, du DKP ou à d'autres personnes de gauche qui veulent collaborer sur la base de la lutte. Cependant il faut aussi dire clairement que la direction et une grande partie du Parti de gauche poursuivent une voie réformiste et purement parlementaire. Le Parti de gauche critique, de façon justifiée, certaines injustices – pour ensuite faire appel aux illusions d'une « économie de marché sociale » ou d'un « État social ». En réalité, ces mensonges vitaux sont à ranger au fond du placard du capitalisme. Le fait que les partis bourgeois traditionnels ne recourent guère à ces mensonges vitaux, vu qu'ils ont acquis une connotation négative parmi les masses, c'est l'expression de la crise politique latente. Pourquoi justement un parti de gauche devrait-il maintenant redorer le blason de ces vieux modèles et propager de nouvelles illusions dans ce système ? Nous ne voulons pas redonner un nouveau souffle au capitalisme, mais former une véritable alternative sociale. C'est la différence essentielle entre la « gauche » et l'alliance internationaliste.

L'alternative à la politique actuelle ne peut pas être une coalition avec le SPD et les Verts, comme cela a été proclamé entre-temps dans le projet de la stratégie de campagne électorale du Parti de gauche par son responsable de la campagne électorale, Matthias Höhn. Ainsi, le Parti de gauche finira tout comme SYRIZA en Grèce. Aujourd’hui, SYRIZA s'absorbe entièrement dans l'effort de réaliser les exigences de la Troïka, anciennement détestée, composée du FMI, de la Banque mondiale et de l'UE, contre les masses.

 



N’y a-t-il pas le danger que, vu tant de travail d'alliance, l'indépendance des organisations participantes s'y perde ?

Évidemment il doit y avoir, dans une telle alliance, suffisamment d'espace pour tous les participants afin de maintenir et de développer leur propre identité. Pour cette raison, le MLPD réalisera de son côté une offensive tactique indépendante pour le véritable socialisme et contre l'anticommunisme moderne. Sa ligne directrice est « Radicalement gauche, révolutionnaire et pour le véritable socialisme ! ». En même temps nous promouvront activement la construction et la campagne électorale de l'alliance. De même nous soutenons les autres organisations à développer un travail autonome avec leur profil particulier.

Pour le MLPD, l'offensive tactique et le processus théorique et pratique de l'auto-transformation s’interpénètrent dans la campagne de critique et d'autocritique. Avec celle-ci, le MLPD a conquis la nouvelle qualité de l'internationalisme prolétarien et le travail environnemental comme deuxième plus importante ligne de lutte. Nous considérons comme tâche essentielle du MLPD d'assumer de la responsabilité pour la solution sociale fondamentale des questions de l'humanité et de militer pour le véritable socialisme. Il s'approprie toutes les idées et acquis progressifs et apprend aussi des erreurs du passé.

Le nouveau rôle sociétal du MLPD consiste justement à y parvenir de mieux en mieux. Nous gagnons les ouvriers pour la voie de l'offensive ouvrière dans l'unité des questions sociale et écologique. Nous réalisons une politique prolétarienne à l'égard des réfugiés, renforçons les acquis de la nouvelle qualité de l'internationalisme prolétarien et l'organisation révolutionnaire mondiale ICOR. Nous promouvons la rébellion de la jeunesse et renforçons la construction de Rebell en vue d’une association de jeunesse de masse et l'organisation des enfants Rotfüchse. Dans tout cela il s'agit d'ancrer le véritable socialisme comme alternative sociétale. Pour cette raison, un de nos documents le plus important dans l'offensive tactique est – outre le programme électoral actuel – aussi notre programme de parti actualisé : Nous voulons le propager dans des dizaines de milliers d'exemplaires. C'est un programme du Parti marxiste-léniniste pour l'étape actuelle de la lutte de classe. Avec celui-ci, nous voulons gagner beaucoup de nouveaux gens, surtout des jeunes, à se rallier à notre lutte organisée.

Un critère essentiel du succès de cette offensive tactique consistera en cela : que nous parvenons à gagner beaucoup de personnes à abandonner leur passivité en faveur de l'activité organisée. Pour cette raison, notre campagne électorale se distinguera nettement de la campagne de propagande des partis bourgeois qui ne font qu'enivrer les gens par des spots de télévision, des talk-shows et du matériel électoral. Nous participerons aux manifestations, aux activités et à la pratique des masses et, de cette façon, nous ancrons le caractère particulier de cette alliance internationaliste.

Dans la période à venir il importe que l'ensemble de nos membres comprenne d’effectuer toutes les activités pratiques en rapport étroit avec le renforcement de l'alliance. Ceci n’était pas encore le cas partout lors des manifestations de ces dernières semaines.

Nous, les marxistes-léninistes, relions notre travail quotidien parmi les masses à une lutte idéologique contre les mensonges vitaux du système capitaliste – en nous appuyant sur une critique fondée du capitalisme, convaincante pour l'idéologie de liberté communiste. Il nous faut clarifier que tous les problèmes centraux de la société capitaliste sont inhérents au système, qu'il faut éliminer l'impérialisme et construire le socialisme pour résoudre les questions importantes de l'humanité. Cela implique d'aider les masses à venir à bout de l'anticommunisme moderne qui les dissuade comme une digue de cette alternative sociétale. Dans ce but nous utiliserons aussi l'anniversaire du « Centenaire de la Révolution d'octobre » et la campagne de l'ICOR l'année prochaine. Tout compte fait, cette révolution a montré comment une révolution prolétarienne et la construction du socialisme furent possibles même dans un pays très arriéré sur le plan économique.

Le moteur de l'offensive tactique et en même temps la nouvelle exigence essentielle est donc d’une part la dialectique entre le travail indépendant du MLPD et de l’autre la pleine responsabilité pour la construction de l'alliance. C'est dans la nature des choses qu'une telle nouvelle tâche s'accompagne d'un grand processus d'apprentissage et d'auto-transformation. Il faut surmonter tout schématisme pauvre en idées, tout conservatisme craintif, tout comportement sectaire envers les alliés, mais aussi l'adaptation opportuniste ou le brouillage des différences du MLPD et de l'alliance. Je suis convaincue que cela réussira de façon excellente.

Nous souhaitons plein succès à ce projet prometteur !

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